Un nouveau tableau de bord pour la Cagiva N90

Le tableau de bord de la Cagiva N90 est assez conséquent pour une moto de cette époque. Visuellement, il est assez proche de ses grandes sœurs de l’époque, les versions Elefant 650, 750 et 900.

En premier lieu, l’instrumentation est complète, très lisible, pas mal de voyants (6 au total) et une boîte à fusibles directement accessible depuis cet espace.

Ainsi, celui du modèle qui nous concerne est à première vue en bon état. Sauf que, en démontant et en y regardant de plus près, c’est loin d’être le cas. Je m’en étais aperçu au moment de l’achat, même si tout semblait être fonctionnel, c’était dans un état plus que passable.

Le constat

Le tableau s’enlève assez facilement pour peu que l’on démonte la face avant (tête de fourche). Première chose que j’avais vue, le couvercle de la boîte à fusibles, bien que présent, n’avait rien à voir avec celui d’origine : il va falloir le refaire ou en trouver un.

Les silentblocs de maintien sont soit absents, soit hors service. Il faut tous les changer. Raison pour laquelle le tableau de bord n’était plus maintenu. Ils seront tous changés, sans exception.
Les compteurs ne sont plus étanches : rouille et traces d’humidité.
Les voyants s’allument, mais on ne sait pas ce que c’est : le marquage est parti avec le temps.

Ce tableau de bord avait également la particularité d’être monté sur une mousse polyuréthane (elle couvre en deux moitiés la presque totalité de la surface), autant dire qu’elle est en mauvais état, il va falloir la changer (ça vieillit mal).
Et pour finir, cerise sur le gâteau, certaines pattes de maintien des câbles électriques dessous sont cassées et le châssis est fendu (châssis en plastique).

Une fois le constat fait, il faut l’avouer, le travail est assez conséquent et je ne sais pas encore comment je vais faire pour tous les points à revoir, et ils sont nombreux !

Reconstruction

Le châssis

J’ai commencé par m’occuper du châssis en ABS. J’ai plusieurs restaurations à mon actif et sur ce type de matière il y a plusieurs solutions.

Pour la partie cassée/fendue.
Je pose « à chaud » sur la face la moins visible une grille en inox fine, que je rentre dans l’ABS en la chauffant avec un fer à souder modifié (panne plate au bout). La fissure ou la cassure ne bougera plus, par contre faire très attention à ne pas trop chauffer, sinon l’ABS se déforme.

Pour les trous de petites tailles et les manques de matières importants.
J’utilise un mélange de colle cyanoacrylate et de bicarbonate de soude, c’est ultra solide une fois sec et possible de le poncer à loisir.

Une fois ces étapes franchies, on passe au ponçage puis à la pose de mastic pour plastique si nécessaire. Ensuite, re-ponçage, pose apprêt spécial adhérence plastique (produits listés ici), ponçage, apprêt garnissant autant que nécessaire avec ponçage entre chaque couche avec papier adapté. Et enfin, mise en peinture.

Je suis assez content du résultat, ce châssis revient de loin, très loin.

Les compteurs

Je vous l’ai écrit plus haut, ils ne sont plus étanches. Ce n’est pas encore catastrophique mais ça peut le devenir rapidement, il faut donc s’en occuper.

Sur ce modèle, il y a 3 compteurs : tachymètre, compte-tours et température d’eau. Les trois présentent le même défaut d’étanchéité et cerclages rouillés. Point positif, ils fonctionnent cependant correctement.

Je me suis mis en recherche de pièces d’origine en meilleur état… Difficile à trouver ou bien pour le prix d’un bras. J’ai aussi cherché du côté des professionnels pour les faire reconditionner, là encore rien de probant. Donc pas le choix, je vais le faire.

Le problème, ce sont les cerclages, impossibles à trouver en pièce et ils sont sertis. Après plusieurs tutos regardés, je me lance. Avec beaucoup de patience et du temps, on y arrive, mais il faut vraiment, vraiment, être soigneux.

Une fois ouvert, je change les joints, je nettoie l’intérieur et je sèche, je décape les cerclages, et peinture.

Ensuite, remontage et repose des cerclages avec un petit chasse-goupille pour venir remettre en place la lèvre sur le bord inférieur, la rabattre. Là encore tranquille, prendre son temps, millimètre par millimètre. Mais le résultat est là.

Les voyants

Là aussi, ils ont souffert. Le marquage des symboles est pratiquement invisible, voire absent. J’ai la chance d’avoir acheté un lot de pièces et dedans il y avait un tableau de bord (en mauvais état) avec les voyants fatigués aussi mais visibles, tous.

Pour cette étape, cela fait un moment que je veux expérimenter quelque chose. J’y pense depuis plusieurs restaurations sans pour autant sauter le pas : utiliser des décalcomanies et les vernir.

J’ai repéré un professionnel (cf. liste) qui peut me les imprimer à la demande (je l’ai contacté en amont). Je lui ai expliqué et pour lui pas de soucis, ça tiendra. Il lui faut toutefois des fichiers d’impression propres et corrects.

Ça je peux, c’est « facile », je sais faire… Je redessine donc tous les pictogrammes et symboles avec un logiciel spécifique pour avoir des fichiers vectoriels. Une fois fait, j’envoie par mail et 15 jours plus tard, j’ai mes décalcomanies !

Pour la pose, rien de sorcier, on l’a tous fait plus jeune… Il faut bien dégraisser les supports que j’ai pris soin de poncer au 600 à l’eau, puis au 1000 et 2000 pour ne plus avoir aucune trace (anciens marquages, rayures) et avoir une surface parfaite.
Ensuite eau tiède, coton-tige et papier buvard, puis on laisse sécher, bien sécher.

Pour finir, pose d’un vernis de protection. J’ai fait des essais en amont pour voir si les décalcomanies le supportaient. Trois couches de vernis plus tard, le résultat est superbe !

Petite astuce, si vous souhaitez que les limites de décalcomanies soient le moins visibles possible : passez une première couche de vernis avant de poser les décalcomanies. une fine couche, en doit être légère.

La mousse

Ce tableau de bord est particulier, il dispose d’une surcouche en mousse qui se pose sur le châssis en ABS. Cette mousse est très dense, elle est maintenue par les compteurs et des plots en ABS qui sont vissés par dessous.

Celle d’origine est morte. Les deux parties sont marquées et la mousse se désagrège (normal après 34 ans de bons et loyaux services).

Là encore, impossible à trouver chez un détaillant neuf, cela ne se fait plus. Mais j’ai ma petite idée… Cela fait plusieurs fois que je teste mon laser de découpe sur de la mousse type EVA. On en trouve partout, de toutes les épaisseurs, couleurs. Elle se découpe très bien au laser (je fais des porte-clés avec). Je décide donc de trouver la bonne épaisseur (on part sur du 10 mm), en noir. Là aussi je redessine le modèle en vectoriel et après plusieurs essais, le résultat est là : c’est parfait.

Impression 3D

La restauration est pratiquement terminée, il reste le faisceau à tester et nettoyer. Quelques connecteurs à changer et c’est ok pour cette partie. Reste à trouver le couvercle de la boite à fusibles et les plots de maintien des mousses.

Inutile de dire que c’est mission impossible chez les détaillants. En occasion, ils ont tous la même maladie : ils sont cassés, fendus ou ternis par le soleil avec parties manquantes. Le deuxième tableau de bord que j’ai pu avoir avec mon lot de pièces me le confirme.

Finalement on va faire ce que nous avons fait sur la TSX quand certaines pièces manquent, on les refait. Je décide pour le couvercle et les plots de les redessiner en 3D, je pense qu’il faudrait le faire pour d’autres pièces, on y reviendra.

Après plusieurs tests et ajustements, les pièces sont là. Pour une bonne tenue dans le temps, j’ai utilisé un filament spécifique technique, enrichi en fibres de carbone et résistant aux intempéries. J’utilise les produits de la marque Inslogic 3D, ils ont pas mal de choix dans les filaments techniques et leurs produits sont d’excellente qualité. Pour cette fois-ci je suis parti sur un filament PA6-CF.

Remontage

Voici le moment tant attendu du remontage… Moment ô combien agréable car on voit se concrétiser la restauration d’un élément, point par point. Je l’avoue, c’est un moment que j’adore et que je savoure. et pour ce tableau de bord, je suis assez content du résultat…

Allez hop, on stocke au sec, à l’abri de la lumière en attendant de le remettre sur la moto…

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